9.4.12

Valence, épine dans la gorge madrilène.. La dernière?


Dimanche soir, c’était l’heure au dessert au Bernabeù. La veille, Barcelone n’a pas raté un de ces quelques déplacements qui pouvaient avoir l’air quelque part inquiétants. De son côté, Madrid devrait reconquérir ses 6 points d’avance contre Valence, une équipe qui pointe à 30 points derrière. En France, ça aurait fait un Montpellier (1er) – Brest (15ème), ou encore un Juventus (1er) – Parme (16ème) de l’autre côté des Alpes. Mais décidemment, critiquer le fossé abyssal de la Liga n’est plus à la mode depuis cette double confrontation Bilbao-Man U. Maintenant, l’heure est aux louanges d’une Espagne qui place 5 équipes sur les 8 demi-finalistes des coupes européennes. Si l’on peut certainement constater un nivellement par le haut des deux mastodontes, il n’en reste pas moins vrai que les disparités restent toujours criantes : le duo Barça-Real continue de s’accaparer la moitié des droits TV de la Liga, laissant des miettes aux quelques 18 autres équipes.

D’emblée, le Real met en place ce rythme fou qui l’a tant aidé par le passé à réduire de tels chocs en banales formalités. Qu’auraient été la destinée du match si le tir de Ronaldo avait croisé un poteau rentrant ? Cette occasion fût un tournant, mais loin d’être la seule. En face, Tino Costa étouffe Xabi Alonso au moment où Feghouli brouille sérieusement la connexion Marcelo-Cristiano. Valence passe le cap des 20 premières minutes au Bernabeù et entrevoit autre chose qu’une défense corps et âme devant Guaita.

Si Piatti et Aduriz n’ont pas trop pesé devant, le danger était plutôt situé du côté de l’entre-jeu levantin. En effet, Emery semble avoir surmonté l’indisponibilité d’Ever Banega en alignant un trio Tino Costa-Feghouli-Parejo alternant brillamment défense et attaque, à l’image de ce tir de l’ancien montpelliérain face auquel Casillas n’a pu que remercier la clémence de sa lucarne. Le public du Santiago est devant un des plus beaux spectacles de la saison, sans pour autant pouvoir s’en réjouir. Di Maria, appelé à la rescousse à la mi-temps, enchaîne tirs et passes lumineuses sans que cela puisse tromper la vigilance d’un Guaita en état de grâce.

En cinq matchs, le Real aurait donc perdu 6 points, dont 4 à domicile. Autre fait marquant : cela faisait une année que les merengues marquent à chacune des réceptions au Bernabeù en championnat, précisément depuis ce 2 Avril où Mourinho concède la première défaite (0-1) à domicile de sa carrière contre Gijon.

L’étau se resserre à Cha Martin au moment où la Liga semble s’éterniser pour les madrilènes. A 4 points, Mourinho a encore son destin entre ses mains, encore faudra-t-il savoir si ce serait toujours le cas après le péril que lui prépare Cholo Simeone du côté de Manzanares. Ce qui est sûr, c’est que parmi tous les affronts que les madridistas devraient supporter en ces temps de suprématie catalane, se voir subtiliser la remuntada - marque de fabrique madrilène – serait des plus durs à avaler.


7.4.12

L'autre pensée unique..

Au lendemain du match aller Milan-Barça, j’écoutais comme chaque début de journée les petites chamaillades de Mars Attack,  la matinale de Lino Bacco sur Radio Mars. Le sujet du jour était bien entendu le match nul de la veille. Tandis que Lino louait la bienveillance des rossoneri, j’ai entendu la douce voix d’Amine Rahmouni développer une pensée qui n’a jamais cessé de me titiller. En somme, M. Rahmouni se désole de la prestation milanaise face aux catalans, rasassant que c’est le grand Milan et qu’il ne devrait pas se permettre d’aborder cette rencontre avec une telle réserve.

Cette phrase m’a rappelé ce que me disait mon ami Salah, pour qui la série des 4 classicos d’il y a quelque mois – avec comme point d’orgue la victoire en coupe du Roi – était un irrémédiable point noir dans la glorieuse et belle histoire du Real Madrid. Rappel des faits : les merengues s’étaient sauvagement acculés en défense. Mourinho a fait monter son Pepe d’un cran pour éliminer à la source le danger Messi. Le grand Real a vendu son âme à des diables lusitaniens essuyant leurs crampons sur les chevilles dorées de la Catalogne. Voici grosso-modo ce que retiennent les fans du Barça et in extenso une bonne partie du peuple du foot. Il faut croire par la suite que ce beau monde se tord de douleur de voir le Real jouer à contre-nature, réduisant en cendres la maestria bâtie pendant de longues décennies.

A mon sens, au lieu et en place de cette fausse compassion, les mordus de cette équipe catalane (et Dieu sait combien de raisons ils ont de l’être) doivent plutôt se réjouir de cet ascendant psychologique qu’a fini par avoir l’équipe de Guardiola par rapport à l’Europe du football et Madrid en tête. Après, il n’y a pas que la possession (pas toujours verticale) du ballon comme conception de football. On peut comprendre que l’on aime le jeu en transitions folles de Madrid, le festival de transversales du côté d’Old Trafford ou même le bus de l’Inter. Une chose est sûre, la pensée unique c’est dangereux, et ce n’est pas au football que cela fera exception. 

28.3.12

A propos du quart de la C1..

Mine de rien, le quart de finale contre l’APOEL hier n’est que le deuxième depuis 8 ans ! Le deuxième que j’ai pu voir en ma qualité d’inconditionnel madridista après 8 longues années de diverses mésaventures.

Il ne m’a pas fallu énormément de temps pour me rappeler du dernier quart de finale disputé par Madrid avant que les monégasques ne lancent la funeste série de déboires. C’était en 2003. Match aller au Bernabeù.

Figo enroule un sublime centre-tir dans la lucarne d’un Barthez désabusé. Quelques jours plus tard, le rendez-vous était donné à Old Trafford pour ce qui sera vraisemblablement l’un des plus beaux matchs de l’histoire de la C1.

J’étais à la 9ème, année du brevet. Aussitôt libéré d’un insipide cours d’arabe en fin de journée, je prends le vélo et je mets au ban le code de la route. Quelques virages plus tard, j’ai à peine le temps d’entrevoir la bagnole qui va me renverser. Heureusement, le monsieur ne roulait pas très vite, c’était plutôt moi qui pédalait comme un dingue. Résultat des courses, une roue déformée, un guidon ayant perdu le nord et des jambes quelque peu ensanglantées. Le pauvre automobiliste et les badauds commencent à peine à constater les dégâts que je reprends ce qui reste du vélo dans l’espoir d’arriver à la maison avant l’heure sacrée de 18h45. Un petit quart d’heure plus tard, j’arrive à la maison et tente aussi bien que mal de dissimuler les indices. Ce ne fût finalement pas compliqué avec un père déjà vissé devant l’écran.

Douce et éternelle musique de la Champions, provoquant chair de poule et lançant les hostilités. Et puis ce fût bien le match historique que tous attendaient. Un insuffisant 4-3 pour Manchester mais avec surtout un triplé de Ronaldo tout droit rentré dans la légende du foot.  Depuis le temps, une longue traversée de désert pendant laquelle le 8ème de finale de la Ligue des Champions est devenu un cauchemar. Entre Louis II et Gerland, en passant par Anfield, l’Olimpico ou encore le défunt Highbury, les rois de l’Europe sont devenus la risée du monde du football. Il a fallu que ce bon diable de Mourinho puisse forcer le maudit destin pour réduire en cendres les vieux complexes de la maison blanche. Les mauvaises langues diront qu’en deux ans, Madrid a eu affaire à Lyon, Tottenham, CSKA et finalement le vaillant APOEL. Mais seuls ces gens qui ont enduré ces douloureuses soirées de mi-semaine (à maintes reprises face à ce même Lyon) peuvent apprécier à sa juste valeur la transition opérée par le Mou.

Quant au vélo, la version officielle racontait que je l’avais trouvé bousillé à la sortie des classes. Une version remise en question quelques mois plus tard. Au moment où je faisais la queue avec le père dans une agence de banque, le gentil automobiliste, vieille connaissance du pater, a fini par me reconnaître, confortant du coup mon statut de menteur récidiviste. Rien ne dit que ça a changé depuis. 

14.12.11

Pensées clasicoïennes..


Ça n'aura pas suffi...

Elle est encore dure à avaler la pilule de samedi soir. Cela fait 6 pilules en une année et quelques unes aussi depuis 2008. Je trouve tout de même que cette dernière est assez « comestible ». Une année après le cinglant 5-0 au Nou Camp, beaucoup de choses ont changé.

Le 29 Novembre 2010 à 22h, un monde astral, des galaxies séparaient les madrilènes de leurs ennemis préférés. Mourinho prenait en main l’équipe, les victoires s’enchaînent jusqu’à cette nuit pluvieuse où Madrid est tombé de très haut. Résultat sec, humiliant, terrassant.

Les merengués se sont relevés tant bien que mal, balbutiant lors des premières rencontres face à Valence et Séville, avant de reprendre une vitesse de croisière qui les a mené au fameux quadri-classico.
Si, malgré la victoire en finale du coupe du Roi, le beau monde du foot a jeté tout son dévolu sur la façon par laquelle Mourinho a abordé les quatre rencontres, ceux là même n’ont rien trouvé à redire quand, quelques mois plus tard, le Real a pressé haut, marqué et enrayé la musique catalane.  Le temps de deux rencontres, Madrid a montré qu’elle n’est pas qu’une bande de brutes, n’en déplaise à ceux qui ont préféré se focaliser sur le tacle de Marcelo et le doigt de Mourinho.

Comme tous savent, les blancos sont encore plus forts cette année. Une progression permanente concoctée par quelques ingrédients de base : La stabilité, tant pour le staff technique que pour l’effectif, a permis d’ajouter un bon complément de cohésion à ce groupe déjà soudé par l’épreuve des 18 jours d’avril dernier. Avant ce match, Madrid avait virtuellement 6 longueurs d’avance sur le Barça : Ecart inédit. Mais on ne peut pas se laisser leurrer par cette différence de points. La vraie différence se décide largement pendant les confrontations directes, et non pas dans un championnat de pauvres où Levante, pourtant vaillant 4ème, touche 12 fois moins de droits TV que les deux protagonistes du classico.

22 secondes après le coup d’envoi, Benzema met son équipe en tête. Le peuple madridista exulte. En continuité à la double confrontation d’août, les joueurs sont chauffés à blanc, et ces courageuses courses dans la zone des barcelonais nous font plaisir. Voir Di Maria aller intimider Valdés et Piqué dès la première seconde jusqu’à sa sortie du terrain ne peut que procurer du bonheur après le scénario des dernières rencontres. L’euphorie passée, l’attente est tournée vers le camp des culés. On attend la première réaction, le fameux sursaut d’orgueil. Les premières passes sont hésitantes, Messi ne s’infiltre pas. En face, au lieu d’enfoncer le clou, les madrilènes paraissent autant choqués par le but que leurs adversaires. A force d’attaques avortées sur passes ratées ou fautes de débutants, il était écrit que la confiance devrait vite passer entre les mains de Guardiola. C’est Cristiano, en ratant invraisemblablement une offrande de Benzema, qui s’occupe de donner généreusement le témoin à Messi. Coup sur coup, ce dernier lance Alexis Sanchez qui s’occupera de crucifier le San Iker. Comme Mourinho l’a si bien signalé en conférence de presse, on a l’impression que le Real a encaissé des dizaines de buts comme celui-là contre Barcelone. Les habitudes semblent reprendre petit à petit, mais mine de rien, les joueurs n’ont pas abdiqué. La seule différence qu’il y avait c’est ce supplément de confiance qu’ont les catalans face à Madrid depuis l’avènement de Guardiola. Je trouve qu’il s’agit de l’unique différence entre les deux équipes, mais qui sur un tel match, peut creuser d’énormes fossés.

Un Iniesta excentré pour un Coentrão déboussolé
A la reprise, Barcelone essaie de construire le jeu qu’elle chérit. En face, même en cumulant les maladresses, le fossé a tardé à se creuser. Lassana Diarra a continué à stopper brillamment les courses de Messi et Ramos confirme le statut de stoppeur qu’il s’est forgé depuis la blessure de Carvalho. Ces quelques prouesses ne peuvent masquer les (non)performances calamiteuses de Ronaldo, canalisant à lui seul une bonne part du complexe blaugrana, mais surtout celles de Coentrão. Le faux blond, gaucher, a été placé sur la droite. Il s’est fait donc sans surprise littéralement chiffonné par un fantastique Iniesta. C’est justement sur une de ses douces courses qu’il lance Alvès qui lui régale Fabrégas d’un centre bien travaillé.  3-1. Quelques secondes auparavant, Cristiano manquait de la tête d’égaliser le 2ème but de Xavi. Décidemment en disgrâce, il continuera à s’enfoncer même avec l’assistance du rentrant Kakà.

Cette défaite, aussi exaspérante soit-elle, ne doit pas être un motif de désespoir de la cause du Real Madrid. Cette équipe est une des plus fortes d’Europe, et sans exagération, il s’agit de l’équipe la plus solide, la plus compacte que Madrid a eue depuis une bonne dizaine d’années. La Maison Blanche a cependant un problème de taille : elle doit disputer la suprématie à une équipe devant laquelle toute l’Europe s’incline, dans tous les sens du terme. Le football se joue d’abord dans les têtes, et là, Barcelone puise sa force des 2-6 et 5-0. Au soir du samedi, j’ai eu la conviction que cette défaite était très différente de toutes les autres, que Madrid est bel et bien entrain de remonter cette pente psychologique. Je trouve aussi que Mourinho est jusqu’au bout cohérent dans sa démarche. Comme je l’avais obstinément pensé durant ces derniers mois, le style de jeu adopté pendant les matchs d’avril n’avait pour but que de gagner des points dans cette dure bataille contre un complexe attisé au soir du lundi 29 novembre dernier. L’ultra-conservatisme n’avait pas pour but de pervertir l’identité madrilène comme se sont évertués de constater les fans barcelonais et autres footeux nés de la dernière pluie.  Sans aveuglement, je réitère allégeance à Mourinho. Et même si les amis catalans vont se marrer, je dis: rendez-vous la prochaine fois !

7.11.11

J’ai regardé… Madrid-Villareal !

Jouissif ce Madrid ! C’est certainement subjectif mais sûrement pas tout faux. Les merengués ont livré hier soir de jolis, solides et efficaces partitions tout au long de la rencontre. L’adversaire du jour n’était pourtant pas des moindres, Villareal étant le club le plus régulier parmi les prétendants à la fameuse 3ème place de la Liga, parvenant même à s’immiscer à la deuxième marche du podium en 2008 devant un Barça en fin de cycle.

Un peu à l’accoutumée, les banlieusards valenciens avaient composté leur ticket pour la Champions League en fin de saison 2010-2011, tout en gardant les pièces maîtresses qui ont fait les beaux jours – et les belles soirées – du Madrigal pendant les 2 dernières saisons. Les cadres ont donc rempilé, à l’exception de Cazorla qui a répondu aux sirènes qataries venant de l’Andalousie. Ainsi Rossi, Nilmar, Cani et Valero revêtiront du jaune, rejoints par le prometteur De Guzman et le solide Zapata. 

Et pourtant. A l’incompréhension générale, les levantins réalisent leur pire début de campagne depuis des lustres. Sur le front de l’Europe, les poulains de Garrido ont hérité de la poule la plus relevée du continent. A mi-parcours, une défaite à domicile contre le Bayern, assortie de deux déconvenues face à Manchester City et Napoli. Les rencontres domestiques ne furent pas de meilleures copies, à l’instar de cette coulée magistrale contre Levante. 0-3 !


La sainte touche!
Cette visite au Bernabeù ne se profile donc pas au meilleur moment. Surtout avec des blancos tournant à plein régime. Mourinho insiste sur l’alternance entre Benzema et Higuain, tout en maintenant Kakà dans l’entrejeu. Dès les premières secondes de la rencontre, le ton est donné : un pressing étouffant au bord de la surface levantine, devant une équipe pourtant reconnue pour ses capacités de relance. Ni Borja Valero, ni Cani ne parviennent à arracher le gonfle à des merengués au bleu de chauffe. Mieux encore, la concrétisation ne tarde pas. Di Maria distille une exquise passe aérienne à un Benzema à la limite de l’hors jeu. Lob sur un Diego Lopez livré à lui-même, et par la même occasion 3ème passe décisive en 2 matchs pour le virevoltant argentin. Passage à la vitesse supérieure. En 13 minutes, les madrilènes tirent 7 fois au but, dont le plus beau finira dans les filets du pauvre Lopez : un paradisiaque enroulé du gauche de  Kakà qui marque – s’il en est encore besoin – le supplément de classe dont dispose le natif de Sao Paulo.

En alternance avec Higuain, Benzema n'a pas raté sa chance
Poussés par un Garrido au bord de la crise des nerfs, Borja et compagnie se souviennent peu à peu de leur football. De Guzman et Cani parviennent à placer des courses timides, jusqu’au moment où ils obtiennent un premier corner. Au lieu de relancer les espoirs des jaunes, ce corner donnera l’occasion aux Madrilènes d’exhiber un de leurs atouts majeurs : les contres meurtriers.  En quatre touches, Kakà décale Marcelo qui trouve Benzema au centre. Blocage parfait, Karim lance en profondeur un Di Maria qui n’a nul souci de parcourir le large du terrain en quelques secondes. La gauche flippante d’Angel ne peut que trouver mouche, et ainsi soit-il.

En 30 minutes, le Real a assommé un adversaire qui avait ses habitudes de troubles fêtes au Bernabeù. Vraisemblablement engueulés par un Mourinho qui ne fût pas satisfait du relâchement contre Malaga, les offensives castillanes n’ont pas baissé d’un cran cette fois. Relativement absent des festivités, Ronaldo s’est heurté à un Zapata égal à lui-même et à son niveau d’Udinese. Il est à noter également qu’il y a un joueur qui opère doucement une mutation aussi réussie que prévue : Ramos a ainsi profité de l’absence de Carvalho pour rassurer toute la sphère madrilène au propos de la défense centrale et du coup, du niveau de futur capitaine à vie du Real.

Sur le banc, personne n’est sûr du sort de Garrido. A l’opposé, Mourinho semble mener sûrement la barque de Florentino vers les contrées que tout madridista souhaite. Bon vent !   

   

J'ai regardé.. Man U-Man City


48 heures plus tard, je n’arrive toujours pas à croire que le derby mancunien a pu avoir une telle issue. Jusque là, le plus beau derby de Manchester, je l’avais vu sous la couette le 20 septembre 2009. Owen avait marqué de son empreinte un 4-3 historique. Qu’ils soient beaux, intenses ou ennuyeux, ces clashs finissaient sur les mêmes images : celles des Citizens dépités de voir des rouges arrivant toujours à prendre les devants, donnant ainsi l’impression qu’ils ont définitivement une classe au dessus.

Dernier exemple en date : la dernière édition de la Charity Shield. Manchester City menait à deux longueurs à la mi-temps. En face, Sir Alex alignait un De Gea toujours fébrile, le tout jeune Cleverley et un Welbeck qu’on dit enfin aguerri. Au sifflet final, c’est pourtant Vidic qui brandit la coupe. Sur le dernier contre de la partie, Nani a profité d’une bourde de Kompany pour asséner le coup de massue fatal à une City qui s’était vite fait rejoindre au score. Fergie est juste satisfait, Nani se marre. On réagit comme après un come-back face à un audacieux Norwich. Ils n’imaginaient pas ce qui les attendait.

Avant le coup d’envoi de ce 170ème derby, c’est Manchester City qui est en tête, à deux longueurs d’avance de leur adversaire du jour. Malgré le début de championnat tonitruant des Sky Blues, c’est bien vers les Red Devils que sont dirigés projecteurs et concerts de louanges. Une nouvelle génération qui émerge, un déconcertant 3-0 contre Tottenham, un 3-1 solide face à un Chelsea plus joueur que jamais, et surtout le séisme de magnitude 8 face aux mignons baby gunners. L’épicentre est toujours le même : Old Trafford, le même sur lequel se jouera le premier derby de la saison, et tant mieux. 

Mancini ne déroge pas à ses habitudes ‘conservatives’, alignant pour ce match une équipe nettement moins fringante que celle qui s’était baladée au White Hart Lane quelques semaines plus tôt. Nasri et Dzeko sur le banc, ce seront Touré, Milner et Barry qui s’occuperont de museler l’entrejeu. Devant, Agüero est associé – un peu à la surprise générale -  à Balotelli. Du côté de United, les pions s’entre-changent sans que cela se fasse ressentir.

C'est mignon!
Le début des hostilités est conforme aux attentes : des Citizens bien cantonnés derrière, regardant le duo Fletcher-Anderson s’amuser à poser le jeu. Passées les premières sirènes, Silva et Milner tentent une incursion qui semblait plutôt laborieuse. Faux semblant. Le génie espagnol commence une action conclue par un limpide plat du pied de Balotelli. Le controversé italien, exceptionnellement sobre, brandit le message « Why always me ? ». Traînant derrière lui une image d’incurable bad-boy, il était encore moqué la veille du match pour avoir provoqué un incendie dans son propre domicile. Comme un symbole, Super Mario a montré qu’il était aussi capable de mettre le feu dans celui des voisins. Et pas n’importe lesquels.

Les Red Devils ne sont pas assommés pour autant. Des buts contre le cours du jeu, ils en ont déjà encaissé par le passé sans que cela puisse empêcher d’heureux aboutissements. La première période s’achève sur une aussi cinglante qu’inutile possession de balle : 68% et pas la moindre occasion franche.  Au retour des vestiaires, Ferguson ne change rien à un dispositif qu’il juge capable de revenir au score. Une donne qui va tout de suite changer, entraînant derrière ce qui va être le pire souvenir de la vie de tout supporter mancunien. Johnny Evans est le dernier défenseur lorsqu’il accroche Balotelli à l’approche de la surface. Sanction suprême. A knock on the Hell’s door.

Doucement, la tendance est inversée. Ce sont plutôt les Reds qui courent derrière le gonfle. La surface mancunienne est largement plus prenable. Milner distille un centre appuyé à Balotelli qui ne s’est pas fait prier. 0-2 au score et 67% de possession pour les Citizens. Etourdissante deuxième période.

Tout simplement!
Sir Alex réagit comme il peut avec les rentrées de Phil Jones et Chicharito, sans que cela puisse débrayer la machine en face. Telle une boule de neige dans une pente à 45%, Mancini et ses protégés exorcisaient leurs démons, leurs humiliantes défaites, leur réputation d’éternels losers de la ville, et surtout l’arrogance d’un Man U qui se pensait imprenable. La frappe enroulée de Fletcher est bien belle, elle reste toutefois anecdotique face au démarquage d’Agüero, au doublé servi sang-froid de Dzeko, mais surtout face à ce virtuose qu’est Silva. 1-6. Choc thermique ? Choc frontal ? Inqualifiable choc que ce fût celui de voir Old Trafford vide au moment des derniers poignards. Inqualifiable aussi celui d’assister à une si brutale destitution du trône de Manchester.  Comment envisager un passage de témoin alors que Manchester était jusque là acclamée comme meilleur cru du Royaume ? Réponse définitive, le 28/04/2012 à l’Etihad Stadium. Can’t wait ! 

J'ai regardé.. Malaga-Madrid!



16 Mai 2010. Dernière journée du championnat d’Espagne. Il a encore fallu faire le tour des cafés pour espérer trouver un point de chute pour un madridista souhaitant regarder le match de son équipe, alors que simultanément le Barça s’apprêtait à fêter son 20ème titre au Camp Nou.  Madrid devait espérer une (trop) improbable chute des catalans face à Valladolid alors qu’en face, Malaga jouait le maintien. Devant une Rosalleda anxieuse, Van der Vaart et Ronaldo jouaient tels des joueurs profondément déprimés peuvent le faire. Fade match nul. Puyol soulève une énième coupe et Fernando Sanz, ex-joueur de Madrid et jeune président de l’équipe andalouse, chiale de bonheur dans les bras de Florentino Perez. 

Fernando Sanz, dans ses dernières heures
Quelques mois plus tard. Le jeune Sanz doit céder les clés de la boutique aux Qataris. L’une des équipes les plus « sympathiques » de la Liga devrait donc se muer en un virulent taureau. Les cheikhs, qui ne sont pas venus en Espagne pour se disputer les miettes laissées par les deux ogres, ont progressivement bâti une équipe qui a de la gueule : Cazorla, Joaquin, Baptista, Van Nistelrooy, Demichelis, Mathijsen, Toulalan mais aussi un certain Rodallega.  Pour mener ce beau monde, les gentils marchands de sable ont embauché un Pelligrini certainement revanchard depuis son évincement express du bord de la maison blanche.

Sur la lignée de la saison dernière, Les joueurs de Malaga ont montré qu’ils étaient capables du meilleur comme du pire (4 victoires, 1 nul et une large défaite 3-0 contre l’équipe surprise Levante). Le match de Madrid constitue alors un tournant stratégique pour les instances dirigeantes andalouses, qui mesureraient ainsi leur avancement par rapport à leurs « vrais » vis-à-vis.

Pelligrini ne pouvait pas aligner son meilleur onze pour cette rencontre, avec l’indisponibilité de Baptista et Van Nistelrooy. En face, Mourinho semble en phase de changer de stratégie pour cette deuxième saison sur le banc madrilène : alors qu’il comptait sur un 11 inamovible la saison dernière, le plus spécial des gueshs se permet cette année de changer sensiblement de dispositif d’un match à l’autre. Higuain et Benzema se partagent les minutes en pointe de l’attaque, et ce au moment où Kakà est venu s’immiscer entre Di Maria et Özil, permettant au Real de changer de visage en l’espace d’un changement : De la perforation et du pressing haut avec Angel, de la clairvoyance chez Mesüt et puis viennent s’ajouter les accélérations divines du revenant Ricardo.

Le match commence avec un pressing assez haut des andalous. Et comme chacun le sait, une équipe joueuse, c’est du pain béni pour ce Madrid. Pelligrini ne sait en tout cas jouer autrement, et voit donc ces anciens protégés dévorer les espaces laissés par Toulalan et compagnie. L’ex-lyonnais n’a pas pu faire mieux que ses anciens coéquipiers en milieu de semaine. Il semble dépassé par les évènements et manque de peu de provoquer un penalty sur un petit contact avec Ronaldo. Quelques secondes plus tard, Khedira est sensiblement en retard en stoppant la pénétration en surface de Joaquin. L’arbitre n’y voit également qu’une piètre simulation. Il aurait suffit de cette docile alerte pour lancer définitivement la machine infernale des merengues.

Ronaldo renoue avec les filets
Enormément d’espace pour ce Madrid qui s’était « heurté » à une défense plutôt compacte en début du match du mercredi. Ronaldo et Di Maria s’en frottent les mains. Ce dernier distille une merveille de passe à Higuain qui prenait de vitesse une défense hésitante. 1-0. Les merengués jouent très haut, à l’image de Khedira qui confirme les velléités offensives qu’il avait montrées contre Lyon. Kakà joue à la perfection son rôle de métronome dans l’entrejeu. Il était justement à l’origine de l’action menant au 2ème but : sublime passe aérienne à la direction de Di Maria, qui réplique par un centre suffisamment dosé pour trouver un Ronaldo démarqué. Cristiano, qui s’était démarqué ces dernières semaines par un altruisme remarquable, revient à ses premiers amours. Doux crochets. Demichelis dans le vent. Ballon croisé vers les petits filets gauches. La suite est connue de tous. Ronaldo avait inscrit son plus rapide hat-trick (en 10 minutes) l’année dernière au Sanchez Pizjuan. Il lui aura fallu un petit quart d’heure pour finir d’assommer les poulains de Pelligrini. Un spectaculaire kung-fu-goal a donc permis au portugais de rejoindre Messi en tête des buteurs de la Liga.

Le clan lusophone dans ses oeuvres
Le match est largement plié. En deuxième mi-temps, les madrilènes veulent nous faire croire – peut-être aussi à leur entraîneur – qu’ils sont toujours aussi concentrés sur leur sujet. Malaga commence son bonhomme de match avec 1 heure de retard. Jolis enchaînements tout en vitesse, débordements de Cazorla, Joaquin qui trouve la barre transversale sur coup franc, Seba qui voit son tir s’écraser sur le poteau droit de Casillas… Mourinho est fou de rage. Il sait toutefois que si ses joueurs n’avait pas tué le match,  le scénario de Levante aurait été largement envisageable.

La soirée tourne à la perfection quand, deux heures plus tard, Messi rate (oui !) un pénalty à la 94ème minute face à un Varas héroïque. Séville avait cumulé jusque là une série noire au Camp Nou, mais le bunker mis en place par Marcelino s’est avéré infranchissable malgré les 77% (ordinaires) de possession chez les catalans. Madrid est devant. Avec 18 points sur 24 possibles, on se permet de juger « poussifs » les débuts des culés. En pôle position, ni l’un ni l’autre, c’est plutôt Levante qui a pris d’assaut un Madrigal qui ne reconnaît plus son sous-marin. Mais ça, c’est une autre histoire…