1.7.12

Histoire de poteaux...


Ce fût finalement une histoire de poteaux. Certains rentrants, d’autres sortants. Les dieux du foot ont voulu que le tir au but de Fabregas soit concluant malgré ce ballon mou s’écrasant sur le poteau droit de Rui Patricio. Juste avant, le tir de Bruno Alves est beau, imparable mais sur la transversale. L’Espagne, sans brio, est en finale.

Le Portugal avait pourtant chamboulé toutes les prévisions. Pas de possession barcelonista de la part des espagnols, qui ont à peine culminé à 57% à la fin des prolongations.  Les responsables sont à chercher dans l’entre-jeu lusitanien : le trident Meireles-Moutinho-Veloso a étouffé la connexion entre les deux sentinelles Busquets-Alonso et leur meneur Xavi. L’autre anomalie se situait dans l’attaque espagnole. Del Bosque, dans son interminable quête du n°9 parfait, a choisi d’aligner Alvaro Negredo en avant-centre. Face aux distances réduites laissées par le marquage serré des milieux portugais, le monde du football a enfin vu l’Espagne ébranler son sacro-saint ras-de-terre en balançant de longs ballons vers l’attaquant du FC Séville.

Bento a donc réussi là où Prandelli et Bilic l’ont précédé. Par contre, il a des armes de plus. Si le pressing haut du bloc portugais arrivait à faire parvenir le gonfle à Cristiano ou Nani, l’œuvre serait complète. Tant bien que mal, Moutinho et Meireles ont pu provoquer quelques courses des deux MVP. Si Nani n’était définitivement pas dans son meilleur jour, CR7 n’a jamais eu ce dernier mouvement concluant, notamment à 89ème minute où son pied gauche dévisse un tir qui aurait envoyé les espagnols à la casa.

Les prolongations allaient être synonymes de souffrance pour les descendants d’Eusebio. D’autant plus que, émoussés, Veloso et Meireles ont dû céder leurs places à Custudio et Varela. Fragilisé, l’entrejeu lusitanien va exploser avec les entrées des fusées Pedro et Navas, accouplées au replacement de Fabregas dans sa nouvelle position de false nine. L’Espagne finit la rencontre sur les chapeaux de roue devant des portugais de plus en plus poussifs. Les tirs au but sont somme toute l’issue la plus équitable à la rencontre.

Xabi Alonso, tireur attitré de la Roja, est désigné comme premier tireur. Coup de théâtre, Rui Patricio repousse. San Iker relance dans la foulée sa sélection en s’emparant au tir croisé de Moutinho. Pepe marque. Ramos surmonte le syndrome Neuer avec une panenka hésitante. Nani prend en contrepied Casillas. Piqué continue le sans-faute des défenseurs. Un sans-faute qui prendra fin avec ce tir violent de Bruno Alves, repoussé par la transversale. Fabregas a le destin de la Roja entre les mains. L’ex-capitaine d’Arsenal n’en est pas à son premier péno. Il tremble un peu. Son ballon, un peu écrasé, rebondit sur le gazon de Donetsk avant croiser le poteau droit. Intervention divine, le ballon file dedans. Cristiano n’aura pas son tir au but, ni son 1er titre majeur avec la selecção. A 27 ans, la prochaine coupe du monde serait vraisemblablement la dernière occasion pour lui d’offrir au peuple portugais un premier succès international. C’est tout le mal que je peux lui souhaiter.

Mes Portugal-Espagne :

20 Juin 2004 (Euro 2004) : L’Euro à la maison ! Le Portugal avait déjà succombé à la pression lors du match d’ouverture, butant sur ces embêtants grecs. Après s’être resaisis face aux russes, les hommes de Luiz Felipe Scolari doivent décrocher leur qualification face aux voisins. Une vrai galère ce match, avec un stress insoutenable. Nuno Gomez avait marqué le but suite auquel le Portugal vit probablement son match le plus long. A rappeler que la Roja était entraînée à l’époque par un certain Iñaki Saez, et que l’équipe comptait encore les Joaquin et Salgado. Une autre époque.

29 Juin 2010 (CDM 2010) : Après une phase de groupe mitigée où les Portugais ont dû leur salut à une grande victoire face aux coréens du nord, l’heure était aux huitièmes de finales. Les Espagnols avaient pris leur vitesse de croisière après des débuts catastrophiques face aux suisses. Carlos Queiroz n’avait que Cristiano comme atout offensif, et se contentait de bétonner derrière avec Tiago et Pepe au milieu. Malgré un brave pressing des lusitaniens, il était écrit quelque part que c’est l’Espagne qui va passer. La délivrance viendra quelques minutes avant le sifflet final. Je me rappelle amèrement que Xavi était hors-jeu, mais pour tout le monde autour, ce n’était qu’un petit détail. Ronaldo quitte le Mondial sur un gros crachat devant les caméras. Deux semaines plus tard, l’Espagne réalise son doublé.

17 Novembre 2010 : Estadio da Luz. Un match qui n’a d’amical que le nom. Le peuple portugais crie à la revanche et Paulo Bento, fraîchement désigné sélectionneur, tient son baptême de feu. La selecção joue avec le maillot extérieur même si elle joue à la maison, comme pour reproduire les mêmes conditions du huitième de finale de Cape Town. Cristiano, chauffé à blanc, a pris le soin de se coiffer en matador. Au café, on regardait le premier match d’Eric Gerets à la tête du Mountakhab à Belfast. A la fin du match, on zappe vers une des chaînes d’Al Jazeera. Cristiano prend le ballon sur l’aile, s’incruste, envoie Piqué à El Jadida * puis lobe Casillas dans la foulée. But de l’année ? Non. Nani pousse le ballon de la tête alors qu’il est hors jeu au départ de l’action, laissant CR7 au bord de la dépression. Le show continue. 4-0 au final. L’honneur est plus que sauf. 

* Suite au match, une montage vidéo a fait son apparition sur les réseaux sociaux. Le crochet de Cristiano sur fond d'une chanson populaire marocaine 'Eh toi qui va à El Jadida, emmène-moi avec toi'. Délice. Sauf que quelques jours plus tard, Piqué écarte les doigts de sa main envers le public du Nou Camp. Madrid et Cristiano subissaient une dure manita. 


13.6.12

1ère journée Euro 2012 : The Récap'


Pour tout fan de foot qui se respecte, le mois de Juin est un mois qu’on vénère. Sauf peut-être pendant les inutiles années impaires. Chaque juin a sa saveur, sa particularité. Celui d’une coupe du monde est un grand festin, une énorme kermesse où (presque) tout le monde est invité. Celui d’une coupe d’Europe, comme le présent juin 2012, est plus intimiste. Le plaisir y est donc plus intense pour un mordu du satané gonfle rond.

La version 2012 de l’Euro a lieu en Polognukraine. De prime abord, attribuer l’organisation à ces deux pays n’est pas une très bonne idée. C’est vrai, les valeureux européens de l’Est finissent in-extremis les travaux poussés par un Platini râleur (comme s’il n’était pas prévenu). Le problème ne se situe pas là. Pologne + Ukraine qualifiés d’office, ça rime avec deux places de moins pour des sélections plus fortes. J’ai une pensée particulière à cette Turquie qui nous a fait vibrer en 2008, la génération pétillante dont dispose la Serbie à l’heure actuelle, cette formidable équipe belge, ou encore les Suisses d’Hitzfeld qui viennent de corriger la Mannschaft en amical il y a quelques jours.
Qu’à cela ne tienne ! L’Euro garde toute sa splendeur. En quatre petits jours, tous les grands d’Europe font leur entrée en matière. France-Angleterre, Espagne-Italie et Portugal-Allemagne se jouent lors de la première journée, alors qu’il faut attendre au moins deux bonnes petites semaines en coupe du monde pour s’offrir une de ces affiches alléchantes.

La Pologne tend les bras à l'Europe, La Russie intimide

Après le Panenka, on a droit à des Robben
Vendredi. 17h17. Premier frisson. Oui, un vrai frisson pour un Pologne-Grèce. Piszczek tend un délice de centre et Lewandowski ne refuse pas l’offrande. Le Stade national de Varsovie avait pris les airs d’un Signal Iduna Park le temps d’une combinaison à yeux clos. Les Grecs aiment les épopées, et se mettent donc volontairement en difficulté. L’expulsion de Sokratis et la blessure de Papadopoulos ont rendu plus belle encore l’égalisation de Salpingdis, cinq minutes après son entrée en jeu. Tragédie en cours. Le même Salpingdis provoque l’expulsion du portier polonais Szczęsny. Son suppléant, le jeune Tytoń, implore les dieux du stade pour son baptême de feu. Karagounis fait une Robben. Prière exaucée. Le caméraman montre dans la foulée Szczęsny jubilant devant l’écran des vestiaires. L’Euro est si bon.
Une quarantaine de minutes plus tard, les russes avaient pour mission d’annihiler tout espoir de printemps de Prague. Arshavin, en véritable tsar, mène ses rouges vers un 4-1 ne souffrant d’aucune contestation. Ceux qui ont vu le match retiendront la prestation d’un certain Václav Pilař, atypique droitier au centre de gravité très en bas. Il fera le bonheur du VFL Wolfsburg l’année prochaine.

Un samedi comme il n'y en a pas deux

Le samedi s’annonce beau, avec un menu copieux pour tous ceux qui respirent foot. Comme si le groupe de la mort à lui seul ne suffisait pas, le Brésil défie l’Argentine au New Jersey et le Maroc joue sa survie face aux ivoiriens. Les bataves étaient chargés de lancer les hostilités face à des danois en posture de parfaits lièvres de course. Après une entame de match où la réussite leur a tourné le dos, les hommes de Van Marwijk ont logiquement été pris à contre pied par Krohn-Dehli, attaquant de Brondby. La suite est un concert d’improbables maladresses néerlandaises, dont la palme d’or revient à un Van Persie en étouffante concurrence avec Klaas Jan-Huntelaar.

Gomez a finalement justifié sa titularisation
Allemands et Portugais se regardent dans les yeux, tant ce 1-0 danois brouille les cartes de ce groupe B. A l’heure de s’expliquer sur l’Arena de Lviv, les deux équipes fournissent un match si intense que ça a fini par déteindre sur la justesse technique des 22 protagonistes. Ceci dit, les teutons maîtrisent leur sujet et développent leur jeu face à des lusitaniens attentistes face au rouleau-compresseur allemand. Le trio Veloso-Moutinho-Meireles défend certes bien, mais la transmission vers les avant-postes laisse à désirer. Bento n’a surtout pas trouvé un avant-centre digne de la seleçcão. Quelqu’un qui, comme Mario Gomez, peut peser sur les défenses et marquer son but de la soirée. Le Portugal essaie de recoller au score mais Neuer dégoute Ronaldo, comme il y a quelques semaines en demis de la C1.

L'Italie rappel à l'ordre, Bilic y va de son solo

Vieux briscard, Di Natale ne rate pas sa 1ère occasion
Le lendemain, les yeux se sont tournés vers Gdansk. Les deux derniers champions du monde entament leur coupe d’Europe sur fond de rivalité historique. L’Italie est la bête noire des espagnols. Même en ces temps de faste, les ibériques ne sont plus parvenus à venir à bout des transalpins depuis les années 30 du siècle dernier. Il y a quatre ans, seuls les tirs au but avaient pu départager les deux sélections latines.
Le match s’annonçait intéressant bien avant le coup de sifflet de Viktor Kassai. Les deux sélectionneurs n’ont pas été conformistes en rédigeant leurs feuilles du match : le 3-5-2 de Prandelli devrait se mesurer à un 4-3-3 sans avant-centre, façon Barça. Sur le terrain, l’Italie est gênante. En face, Messi n’est pas de la partie pour s’incruster sur une passe d’Iniesta. Le match se débride petit à petit quand Di Natale mystifie Casillas après un raid héroïque de l’intarissable Pirlo. Les spectateurs ont à peine le temps de se projeter dans l’hypothèse de la victoire des Azzurri quand Silva déflore la charnière italienne d’une passe lumineuse vers un Fabregas ne se posant pas de questions face à Buffon. Le 1-1 est finalement le score idéal pour sanctionner une opposition aussi équilibrée.

L’Italie était également présente dans l’autre match de la soirée. L’éternel Giovanni Trapattoni mène une Irlande fière de sa deuxième participation depuis 88. La Croatie, à l’image de la Russie, avait laissé quant à elle une bonne impression en 2008 avant de rater le vol vers l’Afrique du Sud deux ans plus tard. Face au kick & rush à l’état pur des irlandais, les poulains de Slaven Bilic ont pu savamment poser leur jeu, aidés en ce sens par le subtil Luka Modric. Le brin d’espoir suscité par la tête énergique de St Ledger ne fait au final pas le poids face au doublé de Mandžukić. 3-1. La Croatie peut attendre l’Italie d’un pied ferme.

Avec Benzema, mais sans 9... Heureusement que Sheva est là!

Choc de générations milanistas
Derniers 100 mètres de ce premier tour de piste. France-Angleterre. Impossible de ne pas évoquer ce 13 juin 2004. L’Estadio da Lùz de Lisbonne voit Zidane renverser le score dans les deux dernières minutes face à des Anglais désabusés. C’était également lors de l’entame de la compétition. Et comme Lampard huit années plus tôt, Joleon Lescott ouvre le score sur une tête magistrale. Les Bleus, sonnés depuis le début du match, parviennent tout de même à égaliser par le biais d’un Nasri affuté. Les français maîtrisent le reste d’une rencontre au rythme très lent et ressortent du Donbass Arena avec un goût d’inachevé. A Kiev, les locaux s’étaient jurés de battre des suédois pas faciles à bouger. Ibrahimović impose son aura physique sur la rencontre avant d’ouvrir le score quelques minutes après la reprise. C’était sans compter sur un revenant. Andriy Shevchenko entretenait depuis belle lurette ce doux rêve de jouer cet Euro chez lui, même à 36 ans. Mais celui qui faisait trembler les terrains des quatre coins d’Europe ne pouvait pas se contenter d’un rôle d’invité d’honneur. Comme au bon vieux temps où il portait l’Ukraine sur ses épaules, Sheva inscrit deux buts de la tête et lance idéalement son pays.

Cette première journée a annoncé la couleur. L’Euro est tel un chocolat concentré à 99%. Massif, intense, dur et extrêmement bon.       

12.5.12

Petite Europe, belle Europe!


Elles ont un charme fou ces finales européennes, même les petites. Si le Real s’est arrêté à l’avant-dernière marche de la C1, le cousin germain a joué hier sa deuxième finale en trois ans. Il y a deux ans, les colchoneros sont parvenus au toit de la (petite) Europe en venant à bout d’une valeureuse équipe de Fulham. Quique Sanchez Flores avait pu offrir un titre à un club dont les supporters étaient réputés pour être les plus tristes du vieux continent.

Deux ans plus tard, Forlan n’est plus là. C’est Falcão qui prend la relève. Le Colombien est entourée d’un effectif charmant, notamment avec Diego Ribas, Arda Turan ou encore le jeune Adrian. Les débuts n’ont pourtant pas été faciles : Gregorio Manzano, l’ex-coach de Majorque, n’a pas réussi à faire prendre la tant attendue mayonnaise, perpétuant la lose  qui s’est depuis longtemps installé de ce côté du Manzanares.

Enrico Cerezo, malheureux président, ne désespère pas. Il parvient à convaincre Diego Simeone de prendre les reines d’une équipe dont il a été le taulier plutôt dans les années 2000. Le 23 décembre a marqué un tournant spectaculaire dans la saison des matelassiers. Ils ne perdront aucun match jusqu’à ce qu’ils butent, non sans démériter, sur le Barça au Caldéron. La suite est un peu en dents de scie, mais El Cholo maintient le cap en Europa League. La campagne a été longue, du Lazio à Hannovre et arrivant au carré final face à Valence. La finale est elle aussi purement ibérique, face aux basques de Bilbao.

Un Falcão aux crochets dévastateurs
Le décor est beau. Un Nationala Arena de Bucarest endimanché et deux belles équipes. Le monde du foot s’attend à ce que l’Athletic pose le jeu devant un Atletico procédant en contre. C’était sans compter sur Falcão. Le colombien garde toujours en mémoire son but salvateur face à Braga en finale, il y a tout juste une année.  Quand il reçoit ce ballon en cloche à l’entrée de la surface, il ne se pose pas de questions. L’enchaînement est instinctif, inscrit dans les gênes. Iraizoz ne peut qu’admirer le ballon enveloppé enlaçant les filets. Mais les basques, quoique jeunes, ne sont pas nés de la dernière pluie. United et Schalke - excusez du peu - ont en eu l’amère expérience. Bielsa, entraîneur atypique, a reçu des éloges de toutes parts vu la mutation qu’il a opéré chez l’Athletic Bilbao. En effet, ce club était plutôt réputé violent, au jeu haché et exclusivement basé sur les longs ballons. Cette saison a vu l’émergence d’une toute autre image, illustrée par la nouvelle garde du Pays Basque. Les Munain, Ander Herrera, Susaita, De Marcos, Ibai et Mikel San José ont permis à l’entraîneur argentin de mettre en place un jeu alléchant, frais, direct, basé sur des enchaînements dont seuls Bielsa et ses poulains ont le secret.

L’Atletico accuse. Les post-pubères basques exhibent leurs qualités mais ne parviennent pas à tromper la vigilance d’une paire Miranda-Godin très solide. Une solidité par laquelle ne sauraient être qualifiées les bases arrière de Bilbao. Sur son deuxième face-à-face avec Falcão, Aurtenetxe ne peut résister au sublime crochet de l’héros madrilène. 2-0. Aurtenetxe , sorti à la mi-temps, ne refoulera plus l’herbe roumaine.

Diego s'effondre
Cette finale semble plus facile que celle contre Fulham à Gelsenkirchen. Pourtant, un but basque relancerai des lions qui ne s’économiseront pas sur leur première finale européenne. Courtois, le gardien belge, s’occupe tout au long de la seconde période d’écarter cette éventualité, jusqu’au moment fatidique où Diego reçoit le ballon. Une course magnifique, une feinte toute en douceur sur Amorebieta, puis un tir croisé à ras-de-terre qui part caresser la cage d’Iraizoz. Diego s’effondre en larmes. Il avait déclaré plutôt dans la soirée qu’il jouait « le match le plus important de sa carrière ». Une carrière d’abord prometteuse où il est le dépositaire du jeu et l’idole au Werder Brême. La Juve le prend à 24 millions, pour le brader deux ans plus tard au Wolfsburg (15 millions). Félix Magath ne voulant plus de lui, il est prêté sans option d’achat à l’Atletico. Ce but est ainsi chargé d’un concert d’émotions pour le milieu brésilien.

Ce ne fût pas l’unique moment émouvant de la partie. La fin du match a vu s’effondrer sur le gazon toute cette génération dorée qui aura étonné l’Europe cette année. Des larmes qui donnent une dimension quelque part humaine à cette Europa League, tant dénigrée, mais jamais avare en mémorables instants.


9.5.12

La semaine-reine : épisode 2


Episode 2 / Mercredi 18: Chelsea vs. Barça – Stamford Bridge (Londres)

Sur le papier, le Barça hérite de l’adversaire le plus abordable. Chelsea vit sa pire saison en championnat sous l’ère Abramovic. Ce dernier a fini par lâcher Villas-Boas, son 7ème entraîneur. Roberto Di Matteo, intérimaire, fait plus que limiter la casse et parvient à hisser les Blues à la finale de la FA Cup mais surtout à renverser la tendance face à Naples, passer Benfica pour enfin se retrouver face au grand Barça.

Plus loin que sur le papier, quelque part entre les lignes, Chelsea n’a pas oublié cette fameuse nuit de 2009. Les cadres de l’équipe ont gardé comme une épine dans la gorge cette demi-finale arbitrée par le funestement célèbre M. Ovrebo. La ‘Fucking disgrace’ est semble-t-il l’unique piment d’une double rencontre promise aux catalans.

La barre transversale prive Alexis du but
Avant cette rencontre, Di Matteo avait appelé Hiddink. L’intérimaire n’a pas l’égo de son prédécesseur. Il revient aux fondements qui ont permis au club londonien d’enchaîner quatre carrés finaux en six ans. Les piliers de l’équipe ont beaucoup plus de repères dans cette configuration de jeu direct, où ils exploitent au mieux la puissance physique qui a longtemps forgé leur réputation. Des repères contre Barcelone plus exactement.

Sur le pré, pas de surprises. Les lutins catalans s’accaparent le cuir. Les ouvertures lumineuses et les combinaisons supersoniques donnent des nausées au bloc bleu. Il n’aura fallu que quelques minutes pour qu’Alexis trouve la barre transversale. Première alerte.

Corps et âme!
Ou plutôt tournant du match. Messi, Xavi, Puyol, Alves connaissent ce terrain. Ils ont déjà eu à transpercer cette muraille qui n’a rien perdu de sa superbe depuis 2009. On les imagine mal se démotiver après une ou deux occasions ratées. Sauf qu’à la fin de la première période, le Barça compte plusieurs occasions quand Lampard subtilise le ballon à Messi, décale Ramires qui finit sa course sur une offrande à Drogba. 1-0.

Les barcelonais sont dépités à l’heure de rejoindre les vestiaires. Un quart d’heure plus tard, les Blues en ressortent avec la ferme intention de conserver ce but miraculeux. Di Matteo s’appuie sur ces armes. Ivanovic et Cole s’emploient corps et âme à bloquer les couloirs à l’heure où Cahill s’occupe du cas Messi. Pour épauler ces coéquipiers, Drogba dégoute les culés à force de plonger d’une manière pas toujours convaincante. Jusqu’à la fin, Chelsea a tremblé, avec en tête ce but assassin d’Iniesta à la 93ème minute en 2009. Mais décidement, l’histoire a choisi Stamford pour camp, au moins pour cette phase aller. 

La semaine-reine : épisode 1


Le foot, c’est apparemment en Avril que ça se passe. L’année dernière, nous avions eu à l’historique quadrilogie Classico en l’espace de 18 jours. Cette année, ce ne sont plus que deux protagonistes qui animent la deuxième moitié d’Avril, et le spectacle n’a surtout pas été moins édifiant.

Episode 1 / Mardi 17: Bayern vs. Real – Allianz Arena (Munich)

Le Real a enfin son grand match. La Coupe d’Europe commence en demi pour les madrilènes. Mourinho enchaîne son 3ème carré d’or d’affilée et offre à Madrid son deuxième de suite. Si le frangin catalan a hérité d’un Chelsea morose, les merengues devront arracher le billet à des bavarois déterminés à jouer la finale chez eux un certain 19 mai.
Le premier but de Ribery

Le temps d’une dizaine de minutes, le Bayern montre tout le respect qu’il porte à un Real retrouvant ses dimensions d’antan. Le 11 de Mourinho prend place dans la zone adverse et Benzema trouve même le temps de tester la vigilance d’un Neuer fidèle à sa réputation. Cette occasion provoque le sursaut d’orgueil des locaux, qui ne tardent pas d’étouffer le balbutiant milieu de terrain madrilène. Le duo Khedira-Alonso a vite abdiqué face au pressing de Schweinsteiger et Luis Gustavo, assistés par un Toni Kroos impressionnant dans l’entrejeu. Profitant de ce renversement de tendance, Robben et Ribéry placent leurs premières offensives sur les ailes, toujours dans le but de trouver la tour Gomez. La défense madrilène s’emploie à repousser l’inéluctable qui finira par se produire sur un dégagement quelconque que ne manquera pas de sanctionner Ribéry par une reprise violente. 1-0, Madrid paie le prix d’une entame de match trop attentiste. Entre temps, le public bavarois sème la peur dans des relances madrilènes sitôt réprimés par le trident du milieu allemand.

Ozil a fait bonne impression face à ses compatriotes
A la reprise, Madrid sait qu’il faudra marquer. Les hommes de Heynckes continuent sur leurs lancées. Les ailes du Bayern donnent le tournis à Mourinho. Avec Alaba-Ribéry à gauche et Lahm-Robben à droite, le Bayern dispose d’une sérieuse alternative au jeu axial. Arbeloa fait comme il peut sur son flanc mais c’est surtout Coentrão qui trouve le temps interminable face aux décrochages de Robben et incursions de Lahm. Le Bayern pose son jeu, et paradoxalement, le Real devient terriblement dangereux quand il doit agir en contre. Sur une action éclair, Benzema décale Ronaldo qui rate son face-à-face avec Neuer. Ce n’est que partie remise quand CR7 décale Özil qui n’a que pousser le ballon dans les filets.

A égalité, les hommes de Mourinho baignent dans l’autosatisfaction avec ce but à l’extérieur. Grosse erreur, et c’est un goût amer que gardent finalement les merengues quand Coentrão achève son œuvre en s’inclinant face à Lahm qui trouve la jambe de Gomez dans l’entonnoir madrilène. Heynckes jubile. 2-1 est le minimum syndical là où Madrid aurait prendre une raclée ne souffrant d’aucune contestation. 

9.4.12

Valence, épine dans la gorge madrilène.. La dernière?


Dimanche soir, c’était l’heure au dessert au Bernabeù. La veille, Barcelone n’a pas raté un de ces quelques déplacements qui pouvaient avoir l’air quelque part inquiétants. De son côté, Madrid devrait reconquérir ses 6 points d’avance contre Valence, une équipe qui pointe à 30 points derrière. En France, ça aurait fait un Montpellier (1er) – Brest (15ème), ou encore un Juventus (1er) – Parme (16ème) de l’autre côté des Alpes. Mais décidemment, critiquer le fossé abyssal de la Liga n’est plus à la mode depuis cette double confrontation Bilbao-Man U. Maintenant, l’heure est aux louanges d’une Espagne qui place 5 équipes sur les 8 demi-finalistes des coupes européennes. Si l’on peut certainement constater un nivellement par le haut des deux mastodontes, il n’en reste pas moins vrai que les disparités restent toujours criantes : le duo Barça-Real continue de s’accaparer la moitié des droits TV de la Liga, laissant des miettes aux quelques 18 autres équipes.

D’emblée, le Real met en place ce rythme fou qui l’a tant aidé par le passé à réduire de tels chocs en banales formalités. Qu’auraient été la destinée du match si le tir de Ronaldo avait croisé un poteau rentrant ? Cette occasion fût un tournant, mais loin d’être la seule. En face, Tino Costa étouffe Xabi Alonso au moment où Feghouli brouille sérieusement la connexion Marcelo-Cristiano. Valence passe le cap des 20 premières minutes au Bernabeù et entrevoit autre chose qu’une défense corps et âme devant Guaita.

Si Piatti et Aduriz n’ont pas trop pesé devant, le danger était plutôt situé du côté de l’entre-jeu levantin. En effet, Emery semble avoir surmonté l’indisponibilité d’Ever Banega en alignant un trio Tino Costa-Feghouli-Parejo alternant brillamment défense et attaque, à l’image de ce tir de l’ancien montpelliérain face auquel Casillas n’a pu que remercier la clémence de sa lucarne. Le public du Santiago est devant un des plus beaux spectacles de la saison, sans pour autant pouvoir s’en réjouir. Di Maria, appelé à la rescousse à la mi-temps, enchaîne tirs et passes lumineuses sans que cela puisse tromper la vigilance d’un Guaita en état de grâce.

En cinq matchs, le Real aurait donc perdu 6 points, dont 4 à domicile. Autre fait marquant : cela faisait une année que les merengues marquent à chacune des réceptions au Bernabeù en championnat, précisément depuis ce 2 Avril où Mourinho concède la première défaite (0-1) à domicile de sa carrière contre Gijon.

L’étau se resserre à Cha Martin au moment où la Liga semble s’éterniser pour les madrilènes. A 4 points, Mourinho a encore son destin entre ses mains, encore faudra-t-il savoir si ce serait toujours le cas après le péril que lui prépare Cholo Simeone du côté de Manzanares. Ce qui est sûr, c’est que parmi tous les affronts que les madridistas devraient supporter en ces temps de suprématie catalane, se voir subtiliser la remuntada - marque de fabrique madrilène – serait des plus durs à avaler.


7.4.12

L'autre pensée unique..

Au lendemain du match aller Milan-Barça, j’écoutais comme chaque début de journée les petites chamaillades de Mars Attack,  la matinale de Lino Bacco sur Radio Mars. Le sujet du jour était bien entendu le match nul de la veille. Tandis que Lino louait la bienveillance des rossoneri, j’ai entendu la douce voix d’Amine Rahmouni développer une pensée qui n’a jamais cessé de me titiller. En somme, M. Rahmouni se désole de la prestation milanaise face aux catalans, rasassant que c’est le grand Milan et qu’il ne devrait pas se permettre d’aborder cette rencontre avec une telle réserve.

Cette phrase m’a rappelé ce que me disait mon ami Salah, pour qui la série des 4 classicos d’il y a quelque mois – avec comme point d’orgue la victoire en coupe du Roi – était un irrémédiable point noir dans la glorieuse et belle histoire du Real Madrid. Rappel des faits : les merengues s’étaient sauvagement acculés en défense. Mourinho a fait monter son Pepe d’un cran pour éliminer à la source le danger Messi. Le grand Real a vendu son âme à des diables lusitaniens essuyant leurs crampons sur les chevilles dorées de la Catalogne. Voici grosso-modo ce que retiennent les fans du Barça et in extenso une bonne partie du peuple du foot. Il faut croire par la suite que ce beau monde se tord de douleur de voir le Real jouer à contre-nature, réduisant en cendres la maestria bâtie pendant de longues décennies.

A mon sens, au lieu et en place de cette fausse compassion, les mordus de cette équipe catalane (et Dieu sait combien de raisons ils ont de l’être) doivent plutôt se réjouir de cet ascendant psychologique qu’a fini par avoir l’équipe de Guardiola par rapport à l’Europe du football et Madrid en tête. Après, il n’y a pas que la possession (pas toujours verticale) du ballon comme conception de football. On peut comprendre que l’on aime le jeu en transitions folles de Madrid, le festival de transversales du côté d’Old Trafford ou même le bus de l’Inter. Une chose est sûre, la pensée unique c’est dangereux, et ce n’est pas au football que cela fera exception.